Suicide de Marjorie Raymond : La cyber-intimidation est aussi réel
34 pour cent des élèves du secondaire au Canada signalent avoir été intimidés durant l'année scolaire en cours. Parmi ceux-ci, 27 pour cent disent avoir été intimidés via Internet
Internet a créé un univers de nouvelles formes de communication pour les jeunes. Ils peuvent utiliser le courriel, les sites Web, les bavardoirs, la messagerie instantanée et les messages textes pour rester en contact avec leurs amis ou s’en faire de nouveaux.
Même si la plupart de ces interactions sont positives, de plus en plus d’enfants et d’adolescents s’en servent pour intimider et harceler les autres, et pratiquer ce qu’on désigne désormais sous le terme de cyberintimidation.
Les jeunes internautes ont créé leur propre univers de communications interactives souvent inconnu des adultes et peu supervisé. Lors d’un sondage mené auprès des jeunes par le Réseau Éducation-Médias, 50 pour cent des répondants ont affirmé naviguer généralement seuls sur Internet et seulement 16 pour cent discuter souvent avec leurs parents de leurs activités en ligne. Les adeptes du harcèlement préfèrent bien évidemment opérer loin du regard des adultes, et la Toile est l’outil idéal pour contacter quelqu’un n’importe où et n’importe quand. Du coup, pour beaucoup de jeunes, même la maison n’est plus un refuge contre la cruauté de certains de leurs camarades d’école.
Le caractère anonyme d’Internet fait que les jeunes s’y sentent plus libres de commettre des actes qu’ils n’oseraient pas envisager dans la vie réelle. Même si on parvient à retracer leur identité, ils peuvent toujours prétendre que quelqu’un a volé leur mot de passe. Rien ne les oblige à admettre les faits. Quand il est impossible de prouver la culpabilité d’un individu, la peur du châtiment diminue de beaucoup.
Selon Nancy Willard, du Responsible Netizen Institute, ce type de communications à distance affecte également le comportement éthique des jeunes en les empêchant d’être directement témoins des conséquences de leurs actes sur les autres, ce qui diminue aussi de beaucoup la compassion ou le remords. Les jeunes écrivent en ligne des choses qu’ils ne diraient jamais en personne parce qu’ils se sentent loin de leur victime et des résultats de leurs attaques.
Il existe différentes formes de cyberintimidation. Parfois, il s’agit d’insultes ou de menaces directement envoyées à la victime par courriel ou par messagerie instantanée. Les jeunes peuvent aussi faire circuler des commentaires haineux visant une personne, en particulier par le biais du courriel et de la messagerie instantanée, ou en les affichant sur des sites Web. Ils le font souvent sous une fausse identité en utilisant un mot de passe volé à quelqu’un d’autre. Ceux d’entre eux qui ont une bonne connaissance de la technologie sont même capables de monter un vrai site Web, souvent protégé par un mot de passe, pour cibler certains élèves ou enseignants.
Par ailleurs, de plus en plus de jeunes sont victimes d’intimidation par le biais de messages textes envoyés sur leur cellulaire. Ce type de téléphone échappe complètement à la surveillance des adultes. Contrairement aux ordinateurs installés dans un endroit passant à la maison, à l’école ou à la bibliothèque, les cellulaires sont totalement personnels, privés, toujours connectés et accessibles. Les jeunes les gardent généralement ouverts toute la journée et peuvent ainsi se faire harceler à l’école et jusque dans leur propre chambre.
Certains cellulaires possèdent même des appareils photo intégrés qui ajoutent une nouvelle dimension au problème. Des élèves s’en sont déjà servi pour prendre la photo d’un élève obèse dans les douches après un cours de gymnastique et, quelques minutes plus tard, la photo circulait sur toutes les adresses de courriel de l’école.
Les institutions scolaires ont de la difficulté à enrayer le phénomène de la cyberintimidation, particulièrement à l’extérieur de l’école. Les enseignants peuvent généralement intervenir en cas de harcèlement ou de persécution dans la vie réelle, en classe ou dans la cour de récréation, mais l’intimidation en ligne échappe au radar des adultes, ce qui la rend difficile à repérer à l’intérieur de l’école et impossible à contrôler à l’extérieur.
La cyberintimidation et la loi
Les jeunes devraient savoir que certaines formes de cyberintimidation tombent sous le coup de la loi. Le Code criminel du Canada considère que communiquer de façon répétée avec quelqu’un de manière à lui faire craindre pour sa sécurité ou celle de ses proches est un acte criminel.
Il est également criminel de publier un libelle, qui insulte quelqu’un ou peut nuire à sa réputation en l’exposant à la haine, au mépris ou au ridicule.
La cyberintimidation peut aussi violer la Loi canadienne sur les droits de la personne si elle répand haine et discrimination basées sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, le statut marital ou familial et les handicaps physiques ou mentaux.
Le rôle des fournisseurs de services Internet (FSI) et de téléphonie cellulaire
Les compagnies qui fournissent des services Internet ont presque toutes des politiques d’utilisation qui définissent clairement les droits et obligations de leurs clients, tout comme les sanctions encourues par les contrevenants.
Les fournisseurs de services Internet et de téléphonie cellulaire sont en mesure de réagir quand on leur signale un cas de cyberintimidation sur leur propre réseau. Ils peuvent également aider leurs clients à trouver le fournisseur concerné quand il s’agit d’un autre réseau.
Comment réagir concrètement
La cyberintimidation est l’affaire de tout le monde, et la meilleure réponse réside dans l’action et la prévention.
Ce que l’école peut faire
- Dans son guide des éducateurs sur la cyberintimidation, édition 2004, Nancy Willard recommande aux écoles de développer une approche d’ensemble qui inclura les points suivants pour s’attaquer au problème de la cyberintimidation :
- S’engager dans une planification participative qui implique des programmes scolaires (telles des initiaves de sécurité à l’école) et parascolaires avec la collaboration des policiers, des parents, des groupes communautaires et des organismes sociaux
- Évaluer les besoins
- S’assurer qu’un programme d’anti-intimidation effectif est en place
- Modifier les politiques et procédures. Mettre à jour la politique d’anti-intimidation de manière à y ajouter le harcèlement par téléphone cellulaire, par Internet et par ordinateur. Des politiques d’utilisation acceptables interdiront spécifiquement l’intimidation par Internet.
- Offrir des sessions de développement professionnel
- Offrir de la formation aux parents (organiser des soirées de formation et des ateliers)
- Offrir de la formation aux élèves (intégrer l’éducation à l’anti-intimidation/cyberintimidation dans les activités scolaires existantes de façon à éviter d’en faire une nouvelle activité)
- Évaluer le programme afin de déterminer son efficacité
- La cyberintimidation peut être facilement intégrée dans les programmes d’anti-intimidation existants. En 2004, l’Association canadienne de santé publique a publié une trousse d’évaluation sur l’intimidation, le harcèlement et les relations avec les camarades de classe. La trousse identifie les critères pour un programme réussi d’anti-intimidation à l’école :
- Les stratégies de changement pour l’environnement, la classe et l’école
- Un solide leadership enseignant/parents et une solide relation élève/enseignant
- Des normes de comportement consistantes et équitables
- Des consignes au niveau comportemental et cognitif (sensibles aux différences de sexe et respectueuses des différences culturelles)
- Une formation continue pour les enseignants et les administrateurs (les enseignants ont davantage à répondre à l’intimidation physique qu’à l’intimidation verbale ou sociale)
- Une supervision active de la cour- d’école
- Des interventions d’arbitrage de conflits qui priorisent la sécurité de la victime et qui sont menées par des facilitateurs entraînés
- Une formation des parents
- Les stratégies de changement individuel
- L’approche cognitive et comportementale
- L’inclusion de l’élève dans des activités à l’extérieur de la classe pour accroître son sens de l’appartenance et ses habiletés
- Une supervision étroite des stratégies d’intervention des camarades (assistance des camarades et médiation). Les filles participent davantage et interviennent pour supporter les victimes. Les garçons participent peu à ces stratégies sans qu’on les recrute et les -soutienne.
- Les stratégies de changement pour l’environnement, la classe et l’école
(Source : Trousse d’évaluation de l’intimidation, du harcèlement et des relations entre enfants du même âge en milieu scolaire (La), Association canadienne de santé publique, 2004)
Ce que les élèves peuvent faire
Comme les cas d’intimidation ont généralement lieu loin du regard des adultes, il est important d’apprendre aux jeunes à se protéger sur Internet et à réagir quand leurs camarades se livrent au harcèlement en ligne.
Lignes de conduite à suivre par les enfants et les adolescent
- Protéger ses renseignements personnels et ne pas donner son numéro de téléphone cellulaire et son adresse de messagerie instantanée ou de courriel à des personnes qu’on ne connaît pas.
- Prendre les mesures suivantes en cas d’intimidation en ligne :
- Prévenir un adulte en qui l’on a confiance, que ce soit un enseignant, un parent, un frère ou une sœur plus âgés, un grand-parent.
- Quitter immédiatement l’environnement ou l’activité en ligne où a lieu l’intimidation (bavardoirs, babillards, jeux, messagerie instantanée, etc.).
- Bloquer les messages de courriel ou de messagerie instantanée d’une personne qui vous harcèle constamment. Ne jamais y répondre.
- Enregistrer tout message de harcèlement et le faire parvenir à son fournisseur de services Internet (Yahoo! ou Hotmail, etc.). La plupart des fournisseurs de services ont une politique de sanctions appropriées à l’égard des utilisateurs qui se livrent au harcèlement sur leur serveur. Et leurs jeunes clients y sont soumis autant que les autres!
- Alerter également la police si l’intimidation inclut des menaces physiques.
- Prévenir un adulte en qui l’on a confiance, que ce soit un enseignant, un parent, un frère ou une sœur plus âgés, un grand-parent.
- Réagir quand des camarades se livrent à la cyberintimidation et protester chaque fois qu’on est témoin d’une attitude en ligne agressive envers les autres. La plupart des jeunes sont plus sensibles à la critique quand elle vient de leurs camarades plutôt que de leurs parents.
Ce que les enseignants peuvent faire
- Les enseignants peuvent jouer un rôle important afin de sensibiliser les parents à la cyberintimidation. Consacrez une soirée de parents à la cyberintimidation et aidez-les à mieux comprendre comment les technologies peuvent contribuer au problème. Faites-leur les suggestions suivantes :
- Renseignez-vous le mieux possible sur Internet et sur l’utilisation qu’en font vos enfants. Discutez avec eux des sites qu’ils fréquentent et des activités qu’ils pratiquent en ligne. Soyez au courant de ce qu’ils affichent sur des sites Web ou sur leurs pages personnelles.
- Encouragez vos enfants à venir vous voir chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose en ligne qui les effraie ou les met mal à l’aise. Restez calmes, ouverts et compréhensifs. Si vous « explosez », ils n’oseront plus vous demander de l’aide quand ils en auront besoin.
- Établissez en collaboration avec eux une entente d’utilisation d’Internet et assurez-vous qu’elle contient des règles claires concernant l’éthique sur Internet. Les recherches menées par le Réseau Éducation-Médias montrent que là ou les parents établissent des règles précises à l’encontre de certaines activités, les jeunes sont beaucoup moins portés à s’y livrer.
- Réagissez quand votre enfant est victime d’intimidation en ligne :
- Soyez attentifs aux signes de détresse révélateurs d’une possible intimidation.Par exemple, aller à l’école à contrecœur ou refuser d’utiliser un ordinateur.
- Si le coupable est un camarade d’école, allez voir la direction de l’établissement et demandez-lui de vous aider à régler le problème.
- Rapportez tout cas de harcèlement ou de menaces physiques en ligne à la police locale et à votre fournisseur de services Internet (FSI).
- Si l’intimidation se fait par l’intermédiaire d’un téléphone portable, signalez-le à votre fournisseur de services de téléphonie cellulaire et changez de numéro si la situation ne s’améliore pas.
- Soyez attentifs aux signes de détresse révélateurs d’une possible intimidation.Par exemple, aller à l’école à contrecœur ou refuser d’utiliser un ordinateur.
- Renseignez-vous le mieux possible sur Internet et sur l’utilisation qu’en font vos enfants. Discutez avec eux des sites qu’ils fréquentent et des activités qu’ils pratiquent en ligne. Soyez au courant de ce qu’ils affichent sur des sites Web ou sur leurs pages personnelles.
- Les parents et les enseignants peuvent encourager les jeunes à développer leur propre code moral de sorte que ces derniers puissent « choisir » un comportement éthique en ligne :
- Parlez-leur de ce qu’est une utilisation responsable d’Internet.
- Enseignez-leur à ne rien afficher en ligne qu’ils ne soient prêts à montrer au monde entier, et à vous en particulier.
- Parlez-leur de ce qu’est une utilisation responsable d’Internet.
Suggestion d’activité en classe :
- Lancez une campagne anti-intimidation à l’échelle de l’école. Demandez aux élèves de créer des affiches de sensibilisation à l’intimidation et à la cyberintimidation. Demandez-leur également de proposer des mesures pour s’attaquer à ce problème.
