Et si ma femme était mon père ?
Drôle de question que pose Christian Flavigny, psychiatre et psychanalyste, en titre de son dernier livre*. Cet expert, auditionné par l'Assemblée nationale et le Sénat sur les questions de filiation et de procréation médicalement assistée, en soulève bien d'autres. Qu'est-ce qu'être fils ou fille ? Que veut dire être parents ? Sommes-nous les enfants de gamètes ou d'une rencontre affective ? À partir d'exemples qui touchent chaque famille, cet auteur aborde les problèmes posés par les différentes techniques de procréation. Créées à l'origine pour combattre l'infertilité des couples, ces techniques sont maintenant sommées de répondre aux "nouvelles" demandes des familles : personnes âgées, de même sexe, célibataires, voire patient décédé... "La famille ne sera plus ce qu'elle était, ce n'est plus l'enjeu affectif du don qui définit les parents, mais l'apport biologique", écrit-il. Des étrangers y sont convoqués : la levée de l'anonymat y ferait entrer la femme qui a accouché sous X, le donneur de sperme, la donneuse d'ovocyte. Christian Flavigny, qui dirige le département de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, s'interroge donc sur les familles de demain. Et si ma femme était mon père ? est un scénario surprenant et réalisable pour ce spécialiste qui analyse la possibilité - et les conséquences - d'un enfant conçu par trois, quatre, voire cinq adultes se proclamant tous parents au nom d'un gamète donné, d'un utérus prêté ou d'un statut de parent intentionnel. "Concevoir des jumeaux et dissocier leur naissance en laissant l'un d'eux plus longtemps dans un statut d'embryon congelé, programmer un enfant qui serait la réserve cellulaire d'un autre en intrafamilial ou extrafamilial, envisager un bébé selon des critères physiques, tout cela est pour demain, au nom d'une modernité qui s'affirme de plus en plus fortement", dénonce ce psychiatre qui craint le sacrifice de l'essentiel : l'équilibre de la famille. À l'heure de la révision des lois de bioéthique, ce livre met en garde ses lecteurs face à la tentation du modèle biologique anglo-saxon qui s'oppose à notre conception affective de la famille.
